Worshops couture

13 mars 2011 08h46 | Par LAURIE BOSDECHER 2 commentaire(s)

Le flash mob des filles qui veulent plus d'égalité

Douze filles ont créé la sensation au marché des Capucins hier midi en invitant les passants à mettre un couvre-chef et à s'immobiliser pour la journée « Femmes en tête ».

 12 h 30 hier sous la halle, le public du marché se fige pour l'égalité homme femme. PHOTO ÉRIC DESPUJOLS

12 h 30 hier sous la halle, le public du marché se fige pour l'égalité homme femme. PHOTO ÉRIC DESPUJOLS

C'est l'histoire de douze femmes. Elles ont débarqué hier midi au marché des Capucins à Bordeaux. Sur la tête, un chapeau, un turban, un foulard noué avec le même tissu. Celui confectionné tous les ans à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes au Cameroun. Dans le groupe, c'est Clarisse qui a eu l'idée. D'origine camerounaise, elle s'est débrouillée pour commander des mètres de tissu et les faire ramener à Bordeaux.

Sous la halle, il y avait hier, comme les douze filles, beaucoup de chalands avec un couvre-chef en tissu camerounais ou simple canotier. Un dress code qui circulait depuis plusieurs jours à Bordeaux. 12 h 30 pétantes, la fanfare qui animait le marché s'est tue et toutes les personnes à chapeaux se sont immobilisées. Pour une grande photo de famille. Ce flash mob lançait aussi l'opération « Femmes en tête », dans la droite lignée de la journée du 8 mars.

« Mortes de trouille »

« On était mortes de trouille que ça ne marche pas », raconte Julie. Comme Clarisse, Samia, Anne-Cécile ou Manuela, elle fait partie du groupe des douze femmes à l'origine de cette manifestation qui a ensuite pris ses quartiers au centre social du quartier Saint-Michel pour le reste de la journée.

En septembre dernier, ces douze filles sans emploi ont fait connaissance en commençant une formation au centre d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF). Un stage pour faire le point et les aider soit à créer leur entreprise, soit trouver un emploi.

Bibliothécaire sans travail, Julie va se lancer d'ici quelques semaines dans la lecture aux enfants dans les crèches, les salles d'attente des pédiatres ou les squares. Samia a un diplôme de dentiste mais qui n'est pas reconnu en France. Elle s'oriente vers une formation de sage-femme. Clarisse veut devenir dessinatrice industrielle. « On a toutes des parcours très différents », confie Samia.

Les douze filles ont pourtant dû se serrer les coudes pour monter, parallèlement à leur projet personnel, une opération collective autour de l'égalité homme femme. Elles sont allées frapper à la porte de toutes les structures qu'elles connaissaient. Après la petite sensation qu'elles ont créée au marché, elles ont réuni plus de 200 personnes rue Permentade. On a ri des hommes qui ne se lèvent toujours pas du canapé à la maison, écouté des témoignages de professionnelles dans des métiers dits masculins, découvert la place des genres dans la littérature jeunesse.

L'habit ne fait pas la fille

Des artistes étaient également invitées. Marlaine Bournel, par exemple, qui a animé plusieurs ateliers couture dans différents lieux bordelais pour confectionner des couvre-chefs avec le tissu camerounais de Clarisse. Elle travaille aussi sur le rôle de la tenue vestimentaire au féminin. La photographe Éloïse Vene exposait le portrait de quinze femmes, habillées de manière identique.

« On attendait cette journée avec beaucoup d'espoir. Comme un nouveau-né, dit Clarisse. Quand on est en insertion, on pense à soi pas forcément aux autres. Là on a appris à écouter et pris la mesure des réalités. En choisissant ce thème de l'égalité homme femme, on a aussi pris confiance en nous. » Et pour des filles sans boulot, ce n'est pas rien. L B

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