Re:lire/relier

Publié le 14 Janvier 2010

 Exactement là où cela ne devrait pas se passer. En défaiseuse; entre situation et expression. Une histoire de chaussette dans un Monde d'orphelins.

 

" Dans une société structurée, J'ferai des chaussons et des balais " François Béranger

Se fier aux premières lueurs du soleil n'est pas dans notre actualité. Si nous entrons dans le cheminement intérieur de Marlaine Bournel en poussant la porte franchement pour proposer une rencontre; c'est la société du spectacle, comme un seau plein d'eau qui vous tombera sur la tête. Son travail rassemble ces fameux ingrédients, qui de la performance à l'installation, du mime au cirque, de l'idée à son développement, du débat télévisé au match de catch font d'une histoire informelle; un instant, poétique, politique & social, auquel vous pouvez participer. En se débarrassant, se défaisant serait plus juste, de la panoplie d'étiquettes et de codes, elle tente dans son maelström organisé, de mettre le point oméga sur toutes les lettres de son alphabet intérieur. Une réussite ? Pourquoi aujourd'hui devrions nous accepter encore dans l'ordre: 1° de recevoir une invitation 2° d'aller voir l'exposition 3° de regarder 4° de boire des verres jusqu'à la renverse 5° de parler aux ami(e)s et de repartir ? Pourquoi devrions nous dans ce spectacle de la société, être obligés encore et toujours de se retrouver dans la peau du collectionneur, de l'alcoolique, du badaud, de l'officiel ou des quatre à la fois ? Pourquoi l'art ne se trouverait-il pas; ni dans la rue qu'il infeste, ni au musée qui ne le canonise plus, encore moins dans un lieu pour lequel on le destine et qui aujourd'hui satisfait le plus grand nombre, mais bel et bien dans cet aller-retour solitude entre ces derniers et d'autres lieux plus incongrus, blottis aux frontières des maux et des envies cachées. Changer la donne, montrer du linge dans la galerie et le laver là, pendant que l'on exposera de la peinture au lavomatic est une des milliers de belles idées que Marlaine peut confier comme ça au détour d'une conversation. Elle pose alors ses poings sur ses hanches et continue ses explications comme si tout le Monde pouvait être d'accord. Parler de politique jusqu'à et pendant la crise, quand sa performance va bon train, avec des gens qui ne comprennent pas vraiment ce qui se passe est cocasse. Marlaine convie des êtres sans les convier et d'autres sont invités pour la cause. Elle tourne autour du pot et d'Emmaüs, elle quête dans ces collectes improvisées, elle ramasse des vêtements. Car disons le tout de suite, le linge est une passion. Une de celles qui enferme et libère en même temps. Use et attendrit l'entourage. Une de celles qui, transformée, métamorphosée en cheminement artistique conduit à l'élaboration d'une œuvre originale à base de peaux d'humanité et de sentiments. Il faut parler, échanger et participer. Elle regarde l'art comme on scrute un parti politique à travers une structure souple et légère comme une longue vue de pirate. Elle analyse, une société à sauver, à comprendre serait plus juste. J'ai toujours admiré les êtres qui arrivent à travailler sans le concept, ni la théorie, mais en conservant le côté intriguant et l'aspect luisant de la manufacture de quelque chose de réel, d'encombrant, d'indigeste et d'en rire au troisième degré. L'énergie fait partie de l'intérêt que nous apporte la dépense. Nous allonsSous La Tente entrevoir un volet nouveau de ce qui va relier les étapes précédentes entre-elles. Les étapes de la genèse de Bournel et celles de Sous La Tente projekt. L'alternative entre le temps des "choses inédites" posées sur le rebord et l'utilisation complète du lieu pour montrer qu'une  participation au présent, un jeu du parti d'en rire, sérieux jusqu'au bout des orteils change le Monde des marcheurs. Nous nous sommes tous à un certain moment de nos vies, retrouvés devant le tambour d'une machine à laver, un panier, une armoire, dans lesquels une chaussette attendait l'autre pour filer ensemble vers deux pieds. Nous nous sommes tous pensés super fort un jour: Putain ! que c'est moche des pieds avec des chaussettes dans des sandalettes. Vous allez enfin pouvoir trouver et en exclusivité mondiale Sous La Tente, la possibilité de faire adopter et d'adopter une chaussette. La démarche est sérieuse, il y aura sans doute des comptes à rendre et des explications à fournir. Nous avons choisi un dimanche pour cela. Un jour pour la création officiellement loufoque d'une Société des Chaussettes Orphelines. Marlaine Bournel vous convie. Venez vous débarrasser, offrir, poser, confier, déposer,  vous soulager et constater que l'art contemporain à un certain niveau est une aventure; comme un voyage du cœur vers la voûte. La santé par les plantes en quelque sorte.

                                                                                                                                         Juin 2009     Christophe Massé

Rédigé par chose7

Publié dans #un peu plus à propos de marlaine

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